Freedom Road Socialist Organization

The following is the French translation of a  paper that was delivered at the 1998 May Day conference hosted by the Workers Party of Belgium, which is an annual conference that brings together socialists and communists from around the world. The French version was provided by the Workers Party of Belgium.  This document, as well as others from the conference, are also available at the website of the Workers Party of Belgium at the following address: http://www.wpb.be/icm/98fr/98fr15.htm


Le mouvement syndical aux Etats-Unis

by Joe Iosbaker

Freedom Road Socialist Organization - USA

Lorsque nous parcourons les pages de la presse d'affaires, nous voyons que les Etats-Unis traversent une période de rentabilité sans précédent. Il y est toutefois rarement fait mention des réalités de l'existence de la section toujours plus nombreuse de la classe ouvrière qui se retrouve plongée dans une pauvreté désespérante. Ainsi, lorsqu'ils parlent des évolutions récentes du mouvement ouvrier, celui-ci semble être sorti de nulle part. Pourquoi, en 1997, 185.000 travailleurs ont-ils fait grève à l'UPS (United Parcel Service, un service d'acheminement de colis), et pourquoi la majorité des Américains soutiennent-ils leur grève? Pourquoi y a-t-il une vague de renouveau dans l'organisation? Pourquoi les travailleurs ne bénéficient-ils pas des facilités offertes par notre époque? D'après ses comptes-rendus récents sur la vie économique, il semble bien que la classe dirigeante soit incapable d'expliquer tous ces phénomènes.

Comment évaluer, en tant que communistes, ce qui se passe dans le mouvement ouvrier? La classe ouvrière américaine a été méchamment ébranlée par une longue offensive de la part de la bourgeoisie. Vingt-cinq années d'attaques contre les conditions de travail et de vie ont produit un certain nombre de réactions, parmi lesquelles les ripostes des travailleurs, la fondation du Parti du Travail (Labor Party), et la direction des Nouvelles Voix (New Voices) à l'AFL-CIO. Conjointement à la grève de l'UPS, ces faits viennent se greffer sur une période de changements qu'il nous faut encore assimiler afin de mieux nous unir au mouvement, de mieux contribuer à construire quelque chose de solide, afin de porter des coups efficaces contre l'ennemi, et de nous préparer, nous ainsi que l'ensemble des travailleurs, aux luttes bien plus importantes qui nous attendent encore.

Le déclin de l'impérialisme américain: 25 années d'agressions systématiques

Déjà au cours des années 1970, la trêve des classes entre la classe capitaliste et les syndicats avait été sabordée par les compagnies, qui ne pouvaient plus se la permettre, vu que l'impérialisme américain était entré dans une phase de déclin à long terme. Elles n'en avaient pas besoin non plus, vu que les exportations de capitaux faisaient qu'il devenait de plus en plus aisé pour les capitalistes de produire en dehors du pays ce que jusqu'alors ils avaient produit dans les limites nationales.

Les Etats-Unis ne reconquerront plus jamais la position d'hégémonie mondiale qu'ils occupaient au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Les capitalistes n'accepteront plus de traiter avec les syndicats comme cela avait été le cas depuis la fin des années 1940 jusqu'en 1970. Au lieu de cela, ces 25 dernières années les ont vus fournir un très long effort pour faire passer la crise du profit de leurs épaules sur les nôtres. Les méthodes qu'ils utilisent pour ce faire sont très familières aux camarades: Ils ont déplacé la production depuis la Rust Belt (la zone métallurgique) du Nord-Est et du Middle-West, jusqu'à la Ceinture Sud dans le Sud-Ouest, et/ou dans le tiers monde. La main-d'úuvre très syndiquée naguère encore n'est plus que faiblement syndiquée, aujourd'hui.

Des millions de travailleurs se sont retrouvés sur la paille. On a finalement créé de nouveaux emplois dans l'industrie et dans les services, mais ils sont beaucoup moins rémunérés. Lorsque la classe dirigeante a eu besoin de pressurer davantage les travailleurs à son service, elle s'est arrangée pour provoquer une faillite syndicale à grande échelle. La première mesure de Ronald Reagan en tant que président fut une déclaration de guerre contre les Contrôleurs du Trafic Aérien - PATCO - en ordonnant que l'on y fasse entrer des jaunes.

Ce furent les travailleurs des nationalités opprimées qui ressentirent le plus durement ces attaques - les noirs américains ou les latino-américains (Chicanos), les Mexicains, les Portoricains, les Philippins, les Chinois et autres immigrés asiatiques. La surexploitation s'accomplit par le refus des droits - tel que le droit de se syndiquer. Nous nous souviendrons toujours des 25 travailleurs de Hamlet, en Caroline du Nord, qui sont morts dans l'incendie d'un élevage de poulets en 1991. Ils sont morts parce que leur patron avait cadenassé les portes de l'extérieur, en raison d'une présomption de vol de marchandise qui ne fut d'ailleurs jamais prouvé. Les violations en matière de sécurité dans cette entreprise sont typiques des conditions que doivent subir des millions de travailleurs dans le Sud non syndiqué.

Depuis l'affaire PATCO jusqu'à l'époque actuelle, tant les travailleurs que le mouvement syndical sont restés en permanence sur la défensive. Les acquis obtenus par les minorités et les femmes depuis l'époque des Droits Civiques ont fortement régressé. Et tandis qu'un nombre restreint de petits bourgeois continuent à tirer profit de la situation, pour les travailleurs des minorités et les femmes, les conditions ne cessent d'empirer. C'est aux Etats-Unis qu'on enregistre maintenant la plus grande différence de revenus entre toutes les nations industrialisées. Alors que les bénéfices et la productivité ont augmenté, les salaires pour les travailleurs ont considérablement diminué. La journée de huit heures a fait place à des pauses tournantes de 12 heures, les travailleurs sont obligés de faire des heures supplémentaires avec de moins en moins de main-d'úuvre, les licenciements à outrance laissent les travailleurs épuisés, les travailleurs licenciés ne peuvent plus que louer leurs services comme intérimaires, et ils ne perçoivent pas d'allocations. Manpower, une agence de main-d'úuvre intérimaire, est devenue le plus important employeur des Etats-Unis.

Les capitalistes ont eu recours à de nombreuses mesures pour atteindre leurs objectifs de rentabilité. Leur dernière agression majeure a été les coupes sombres dans l'aide sociale. A partir de la loi signée par Clinton en août 1997, des millions de chômeurs des femmes et tout spécialement des enfants ne se verront plus accorder de bons alimentaires ni non plus d'allocations de l'assistance sociale. Ces travailleurs sont forcés d'accepter n'importe quel emploi, même à temps partiel ou mal payé, et ce, sans le moindre égard pour les privations qui en résultent pour leurs familles. C'est le dernier sale coup, et le plus sévère aussi, en 20 années d'agressions et de démantèlement des programmes de protection sociale du type New Deal. Bien que ce soient les chômeurs et leurs familles qui en souffrent le plus, c'est tout le monde du travail qui a été touché par les attaques en règle contre le système d'aide sociale. Malheureusement, la réponse des syndicats a été faible et parfois, ils ont été jusqu'à s'abaisser à la collaboration. Il arrive couramment que nous assistions aux prémices d'une attaque qui avait été impensable jusqu'à ces derniers temps: la privatisation de la Sécurité Sociale.

Le rôle de la bureaucratie des syndicats dans la lutte de classe

Le point de vue de la bureaucratie syndicale est que le travail et le patronat ont des intérêts communs. Etant donné cela, lorsque dans les années 1970 les profits des dirigeants ont commencé à baisser, les syndicats sont allés jusqu'à proposer des concessions au niveau salarial. Et quand les fermetures d'entreprises ont provoqué une chute de l'emploi, cela s'est traduit sur le plan syndical par une diminution vertigineuse du nombre d'affiliés. Un mouvement syndical combatif aurait répondu au moins par de nouvelles méthodes d'organisation, mais la direction moribonde de l'AFL-CIA ne le fit pas. Ils ne livrèrent même pas un semblant de combat pour sauver les emplois liquidés.

Cela mettait déjà Lane Kirkland, ancien président de l'AFL-CIO, en mauvaise posture, qu'il n'ait pas de plan de lutte. Mais les syndicats firent pire encore. Lorsque des luttes apparurent, comme celle de la PATCO, les bureaucrates la sabotèrent, s'opposant aux efforts de soutien, et recourant parfois à une trahison absolue, en léchant ouvertement les bottes de la compagnie.

L'oppression nourrit la résistance

Tout au long de ces années d'agressions, il y a eu de la résistance, naturellement. Et ce mouvement de résistance qui se développe présente trois caractéristiques.

Premièrement, c'est le prolétariat des nationalités opprimées qui a constitué la base du renouveau du mouvement ouvrier, et c'est une conséquence de l'offensive générale dirigée contre le monde du travail. Comme les emplois à hauts salaires avaient été supprimés par la fermeture des sites industriels ou par la décrépitude des syndicats, le rôle de la couche la moins bien lotie de la classe ouvrière passe de plus en plus au premier plan. Cette couche inférieure est constituée d'une proportion anormalement élevée de travailleurs en provenance des nationalités opprimées. A l'intérieur des frontières américaines, il existe deux nations opprimées, les noirs américains des Etats du Sud, et les Chicanos dans le Sud-Ouest. Il y a également un nombre important de ressortissants des Nations autochtones (les Amérindiens). En outre, il existe encore d'autres nationalités opprimées, les Portoricains et les autres Latino-Américains, les Asiatiques, notamment les Philippins.

Le groupe ëchicano' des Etats-Unis du Sud-Ouest, de même que d'autres travailleurs latino-américains, ont connu un certain nombre d'évolutions en réponse à l'intensification des attaques lancées contre le monde du travail. Ceci inclut une augmentation des affiliations du prolétariat chicano et mexicain au sein du mouvement syndical. L'UFW (United Farm Workers - Travailleurs agricoles unis), qui organise les cueilleurs de fruits, est le plus connu. Des luttes ont également été menées, spécialement à Los Angeles, qui est devenue la ville la plus industrialisée des Etats-Unis. A Los Angeles, une grève au sein des conserveries et une autre chez les routiers qui travaillent pour les producteurs de tortillas ont été menées à bien.

Plus généralement, les travailleurs des nationalités opprimées ont montré une plus grande tendance à rallier les syndicats que les travailleurs blancs. La dernière grande vague de syndicalisation a été celle des travailleurs des services municipaux, qui se sont organisés au cours des années 1960, et dont la plupart étaient des Noirs américains.

Deuxièmement, en réponse au rôle de traîtres joué par les bureaucrates syndicaux, des tentatives de réforme syndicale virent le jour. La plus importante eut lieu chez les routiers (IBT - International Brotherhood of Teamsters - Confrérie Internationale des Routiers). Dans les années 1970 se développa une opposition parmi la masse des travailleurs, sous l'appellation de TDU (Teamsters for a Democratic Union - Routiers pour un Syndicat démocratique). Lorsque Ron Carey fut élu en 1991, principalement pour avoir organisé l'opposition des TDU, cela fit basculer la direction du plus important syndicat américain des mains des réactionnaires et des filous les plus durs dans celles des progressistes et des réformistes.

Avec ceux-ci, apparurent dans les années 1980 de nouvelles tactiques et stratégies syndicales destinées à organiser les gens qui ne l'étaient pas, en recourant à une alliance entre le monde du travail et la communauté, en poursuivant la construction d'expériences du mouvement qui reposent sur les forces de la communauté composées en grande partie de gens des nationalités opprimées. Ces expériences comprennent les campagnes de Justice pour les Concierges, ou les centres pour travailleurs, y compris l'expérience des BWFJ (Black Workers For Justice, Travailleurs noirs pour la Justice), ou encore la coalition de l'Emploi et de la Justice.

Troisièmement, il y a eu des batailles entre classes. Les exemples les plus connus comprennent la grève de Hormel au milieu des années 1980, la lutte des travailleurs de Staley au début des années 1990, suivie par la grève de Detroit News. Il y a eu de temps à autre des victoires, comme la grève de Pittston Coal, et plus tard celle des auxiliaires de vol des American Airlines, ou encore celles des ouvriers californiens des conserveries. Ces batailles bien inspirées, tout en conservant un caractère local, ont contribué à enflammer un syndicalisme de solidarité. Organisés en une décennie à peine, et concentrés principalement dans le Middle West, de grève en grève, des dizaines de milliers de gens se sont rassemblés, ont fait du boycott, ont donné de l'argent et se sont démenés. Tout un large tissu de conscience syndicale renaissait, en contraste aigu avec le syndicalisme affairiste et partisan de la collaboration de classe que pratiquait l'AFL-CIO depuis les années 1950. Les étincelles qui avaient jailli au sein de la classe ouvrière au cours des ces années aidèrent à attiser le feu qui aujourd'hui a recommencé à flamber plus vivement, comme ç'a été le cas lors de la grève de l'UPS. Le syndicalisme de solidarité contribua aussi à concrétiser le mécontentement vis-à-vis de la direction bureaucratique des syndicats.

Tout le long de cette période, une gauche apparut, qui se nourrissait de ces trois courants: la nouvelle organisation, les efforts de réforme syndicale, et le mouvement de solidarité. La masse de cette gauche était composée d'éléments venus du monde du travail et qui s'étaient rassemblés pour s'opposer aux vendus qu'étaient les bureaucrates. Elle implique aussi un certain nombre de responsables locaux, quelques personnes de l'état-major et des universitaires. Elle n'est pas organisée, mais elle exerce une certaine influence sur les décisions de la direction réformée de l'AFL-CIO et sur ses diverses internationales. Par exemple, lors de la convention qui vit l'élection de Sweeney, le nouveau dirigeant de l'AFL-CIO, celui-ci donna à un travailleur de chez Staley, Dan Lane, l'occasion de grimper sur l'estrade pour y aller de son discours d'encouragement. Lane, qui en était à l'époque au 50e jour d'une grève de la faim, était un symbole du syndicalisme de lutte de classe.

Conditions nouvelles: la direction réformée de l'AFL-CIO, le Parti du Travail, la grève des UPS

Pendant douze ans, la ligne des dirigeants de l'AFL-CIO avait été la suivante: "Rendez-nous la Maison Blanche (c'est-à-dire aux Démocrates), et nous nous remettrons à aller de l'avant." Mais à l'issue du premier mandat de Clinton, avec une majorité démocratique au Congrès, celui-ci n'avait cessé de transgresser ses promesses l'une après l'autre. Son projet de 60 milliards de dollars en faveur de l'emploi avait été ramené à zéro. Son projet de loi à propos des droits des grévistes fut enterré lors de sa discussion en comité.

Mais la pire insulte que subit l'AFL-CIO, ce furent les accords ALENA (Accord de Libre Echange nord-américain entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada. En anglais: NAFTA, North American Free Trade Agreement). Clinton se servit de toutes les forces de la Maison Blanche pour faire passer ce traité. En agissant de la sorte, il ne prouvait pas seulement sa servilité face aux exigences des corporations multinationales. Il montrait également le peu d'influence que le mouvement syndical sclérosé.

Tout ceci, ajouté aux désaffections persistantes dans les rangs des travailleurs organisés, explique pourquoi la direction de Kirkland, ancien président de l'AFL-CIO, connut la faillite. Un Démocrate à la Maison Blanche ne suffisait manifestement pas. La scène était prête pour que la liste réformiste, via les "Nouvelles Voix" de John Sweeney, apparaisse et renverse Kirkland.

L'arrivée de Sweeney au pouvoir s'est traduite par quelques changements importants pour le mouvement syndical. Il y a une ouverture pour que les gens ordinaires puissent participer à la lutte contre les patrons. Aujourd'hui, la direction se charge des mobilisations de solidarité. En outre, il y a également de la place pour exprimer ses idées à propos des diverses façons de pratiquer le syndicalisme.

Le mécontentement croissant au sujet de Clinton a également povoqué une autre évolution nouvelle. Particulièrement après qu'il eut imposé North American Free Trade Agreement au Congrès, l'une section des syndicats des plus connues, les Travailleurs du Pétrole, de la Chimie et de l'Atome, a appelé à la création d'un Parti du Travail (Labor Party). Alors que la plupart des syndicats impliqués veulent faire pression sur les Démocrates, il conviendrait de ne pas perdre de vue l'importance de cette évolution.

Toute une section des syndicats reconnaît aujourd'hui que, comme le dit le slogan, "Les patrons ont deux partis, et nous, nous en voulons un qui soit vraiment à nous." Il y a une colère et un désenchantement croissants à propos des hommes politiques en général, mais au sein des rangs du travail organisé, ce phénomène s'est encore accentué. Le Parti du Travail est celui qui résume le mieux ce nouveau sentiment.

Le Parti du Travail ne croîtra en importance que si la polarisation progressive de la société s'accompagne d'une polarisation politique.

Grève des routiers à l'UPS: le mouvement des travailleurs franchit un pas de géant

Lorsque en 1997, 185.000 travailleurs se sont mis en grève à UPS, ce n'était pas seulement la plus grande grève à l'échelle de la nation depuis 14 ans aux Etats-Unis. C'était cela, bien sûr, mais en même temps, c'était plus encore que cela.

Le principal motif de la grève était le travail à temps partiel. Plus de 110.000 de ces personnes sont des travailleurs à temps partiel, ils gagnent à peine la moitié de ce que gagnent les gens qui travaillent à temps plein. Presque un travailleur sur cinq dans ce pays fait du temps partiel. Et nous sommes plus nombreux encore à devoir nous battre pour simplement vivre.

Comme toujours, l'intensification de l'exploitation affecte plus gravement les nationalités opprimées. Sur le plan national, les travailleurs à temps partiel comptent de bien plus grandes proportions de noirs américains et de Latino-Américains, ils sont surtout concentrés dans les emplois où le travail est le plus pénible, le niveau d'oppression le plus intense, et les acquis et bénéfices moindres également.

Avec ces facteurs, auxquels il faut ajouter les profits faramineux réalisés par l'UPS au cours de 1966, il n'est pas étonnant que 95% des travailleurs aient voté pour la grève, ni que la majorité des Américains aient soutenu la grève. C'est quelque chose que l'on n'avait plus vu depuis des années.

Les leçons de la grève pour les syndicalistes de tout le pays

Cette grève a été un test pour la direction du syndicat des Routiers et pour celle de l'AFL-CIO. De nombreuses grèves ont été perdues ces dernières années parce que les dirigeants des syndicats avaient plus de choses en commun avec les patrons qu'avec les travailleurs. La direction réformée sous l'autorité de Carey a eu pour tâche de pousser les travailleurs à combattre pour obtenir une véritable victoire sur l'UPS. Ce fut un test réussi.

La victoire dans cette grève, la plus importante depuis vingt ans, défiait l'offensive colossale du monde patronale que nous avions endurée sans répit toutes ces années. Cette grève au cours des années 1990, a le poids de celle de la PATCO, non pas le poids d'une pierre tombale sur le mouvement des travailleurs, mais en tant qu'indicateur de tendance de ce qui doit encore venir.

Le mouvement des travailleurs s'est tenu sur la défensive durant ces vingt-cinq dernières années. Mais la grève de l'UPS fut une offensive majeure du mouvement ouvrier. Elle est le symbole d'une époque nouvelle. Pendant presque vingt ans, nous avons eu une série de luttes défensives bien que très instructives. Nous entrons maintenant dans une période au cours de laquelle nous pouvons prévoir un grand revirement du mouvement des travailleurs. Les conditions objectives ont déjà été réunies pour y arriver. Le niveau de lutte reste un peu en retrait de ces conditions, mais il va certainement augmenter.

La contre-attaque du gouvernement et de l'aile droite syndicale contre les travailleurs

Ron Carey, le chef de la liste réformiste qui arracha le contrôle du syndicat des Routiers, avait gagné les élections en 1996 en s'appuyant sur la masse. La droite patronale, soutenue par le patronat, a trouvé un juge qui a ordonné de recommencer les élections syndicales tout en empêchant Carey de se présenter comme candidat, sous prétexte de corruption! Les capitalistes profitent de l'éviction de Carey pour déclencher une offensive toutes armes dehors contre le mouvement des travailleurs. Ils courent après les dirigeants de la liste réformiste "Nouvelle Voix" - le dirigeant de l'AFL-CIO Rich Trumka et le président des Employés de Service Andrew Stern ont été désignés comme les complices de Carey. Déjà, la tendance à vouloir dénier aux syndicats le droit de participer à des campagnes politiques a repris vigueur.

Comment répondons-nous à ces attaques? Tout d'abord, Carey est un véritable réformateur et il est venu sur les devants de la scène en tant que représentant d'un mouvement de masse fort et bien mûr, partisan de la démocratie et soucieux de barrer la route aux vendus qui écumaient son syndicat. L'équipe directrice qu'il dirigeait a entrepris de profonds changements dans le syndicat. On a formé des femmes qui se sont retrouvées promues à des fonctions dirigeantes. Les noirs américains, les Chicanos et autres travailleurs des nationalités opprimées qui constituent une partie sans cesse croissante de l'affiliation syndicale furent également encouragés à aller de l'avant. La direction de Carey a bien montré que ce n'est que par la lutte que les membres peuvent engranger des bénéfices. Tout ceci a porté des fruits lors de la magnifique grève contre l'UPS.

Un front uni

Parmi les progressistes, il y a un débat sur la question de savoir comment envisager la direction réformée de John Sweeney, de Richard Trumka et de Gloria Chavez-Thompson. Bien qu'il soit vrai qu'ils ne représentent pas une rupture avec le syndicalisme affairiste, à notre avis il y a un front uni objectif entre les intérêts des travailleurs et les responsables au sommet récemment élus.

Il y a des critiques à exprimer à l'encontre des efforts organisationnels qui se poursuivent actuellement. La principale peut se résumer par cette question: "S'organiser en quoi?" Les syndicats existants sont toujours dominés par des syndicalistes bureaucratiques qui ont plus à voir avec les patrons qu'avec les travailleurs à bas salaires qu'ils sont censés représenter. Et alors que certains des nouveaux programmes de l'AFL semblent proposer des changements, une bonne partie de ceux-ci sont qualifiés de "travail organisationnel difficilement contrôlable" - c'est-à-dire que l'on mobilise de grands nombres de personnes sans réellement construire quoi que ce soit. Mais certains programmes comme Union Cities for the Central Labor Council (Syndicats urbains pour le Conseil central du Travail) nous proposent un cadre pour mettre la lutte sur pied et bâtir une organisation qui ira au-delà des limites imparties par la direction réformiste.

Par-dessus tout, l'unité avec les réformateurs est la ligne de conduite correcte pour l'instant. Outre les nouvelles conditions mentionnées plus haut, les ouvertures à la participation des sans-grade à la lutte, le caractère correct de maintenir l'unité avec les réformateurs au sein de l'AFL-CIO, telles sont les choses qu'on a pu découvrir dans le rôle joué par Sweeney dans la grève de l'UPS. Il est intervenu très tôt avec son soutien financier et ses déclarations publiques. Ce sont deux choses qui ont contribué à convaincre la compagnie que la grève allait se poursuivre.

Se préparer à des luttes plus importantes

Les nouvelles conditions font apparaître des intentions de lutte dans tous les secteurs de la classe ouvrière. Nous sommes tous une seule et même classe ouvrière, dans ce pays. Chaque travailleur est au courant de ce qu'une partie de la classe ouvrière vit dans la pauvreté. Et chacun d'entre nous sait que nous pourrions nous retrouver dans la même situation, si nous ne luttons pas.

Nous définissons comme suit les éléments de base de notre stratégie du travail:

Syndicalisme de lutte de classe qui considère la lutte contre l'oppression nationale comme un sujet de préoccupation majeur pour la classe. Nous cherchons à transformer les syndicats, et à créer un nouveau modèle de syndicalisme qui entraîne les travailleurs comme des combattants. Nous tirons parti des conditions qui se sont améliorées au sein de l'AFL-CIO, nous utilisons le front uni avec la direction réformée. Notre principale tactique est de chercher à nous faire embaucher au sein des industries et d'y bâtir la lutte à partir de la base. Nous insistons tout spécialement sur la construction et le soutien des luttes en cours et sur la nécessité de favoriser les luttes dans les secteurs les moins favorisés. Nous soutenons aussi l'action politique indépendante du mouvement des travailleurs. Nous reconnaissons que la lutte contre l'oppression des femmes doit faire partie absolument de notre travail.

Avril 1998


Joe Iosbaker est le président de la Commission du Travail de la Freedom Road Socialist Organization - USA (Organisation Socialiste de la Voie de la Liberté)